Au XIXè siècle la machine remplace et décuple la force animale. Au XXème la robotique apporte la précision nécessaire à la miniaturisation et à la généralisation des systèmes embarqués. Au XXIème, ces systèmes embarqués sont connectés entre eux par le réseau et ils sont devenus les objets connectés qui constituent ce que l’on appelle « the Internet Of Things ». Ils produisent des quantités massives et versatiles de données tous les jours et alimentent le Big Data. C’est pour répondre aux nouveaux besoins du Big Data que les développements du traitement distribué et de l’Intelligence Artificielle ont connu un ressaut au début du XXIème. A chaque bond technologique, la machine remplace ou assiste un peu plus l’homme.

Le spectre de la déshumanisation accompagne invariablement ces progrès technologiques. Ce spectre ne doit cependant pas faire oublier que le premier artisan de la déshumanisation est l’homme lui-même. La déshumanisation est un schéma de pensée qui permet de justifier les actes d’évangélisation, de colonisation, d’asservissement et d’extermination. De même la pensée occidentale est fondée sur le paradigme naturaliste qui réduit la multitude des êtres vivants à une simple dichotomie animalité/humanité. Ce jugement de valeur réducteur constitue une négation de la complexité. Les enjeux des années à venir sont de remettre l’humain au centre de l’évolution technologique et d’intégrer la complexité environnementale dans nos développements.

La transformation digitale dépasse largement la sphère technologique et est devenue un élément central de la stratégie d’entreprise. Face à un environnement turbulent, on peut subir le changement, attendre le changement pour réagir ou encore anticiper le changement. Anticiper c’est se préparer, mais c’est aussi se donner les chances d’influencer le changement.

 

Vers une lucidité augmentée.

La lucidité augmentée est d’abord une lucidité partagée. En effet face à la complexité du monde moderne, personne ne détient la connaissance, ni la vision de l’ensemble du système. La pensée circulaire, l’approche systémique et l’intelligence collective sont autant de réponses à la complexité. Celui qui veut les mettre en œuvre doit être capable de remettre en cause les archétypes et ses propres schémas de pensée car pour Peter Senge, « Les problèmes d’aujourd’hui viennent des solutions d’hier ». Le but de la lucidité augmentée est d’envisager des solutions innovantes aux problèmes de fond et de pouvoir communiquer autour d’une vision partagée, puis d’objectifs partagés.

L’appréhension de la complexité fait appel à des connaissances qui sont elles aussi changeantes. L’apprentissage collectif peut être plus performant que la somme des apprentissages individuels. Ce constat est à l’origine de la mise en place d’organisations apprenantes où la transmission des savoirs et des expériences est au cœur du management. Par ailleurs dans une activité organisée en silo, les différentes unités ne communiquent pas entre elles. L’organisation transversale permet de briser les silos et de mettre en relation différents champs de compétences avec un réseau de feedback performants qui permet à la nouvelle structure plus complexe, donc plus proche de la réalité de fonctionner, un peu à l’image d’un organisme vivant. Ces feedback s’inscrivent également dans une culture d’amélioration continue. Ils permettent de renforcer la motivation et l’engagement par la reconnaissance. Le précurseur de l’amélioration continue est probablement Deming qui présenta dans les années 50. Le PDCA (Planifier, Développer, Contrôler, Ajuster). Celui-ci permet de mesurer l’impact des actions entreprises et de le comparer aux objectifs initiaux. C’est une approche incrémentielle indissociable du droit à l’erreur : échouer vite pour être les premiers sur le marché. C’est cette culture d’entreprise qui a permis l’essor des entreprises japonaises au sortir de la guerre. Cette méthode intègre également une culture de la mesure qui est un pilier de la transition digitale. La mesure c’est ce qui permet de générer des données, de les stocker et de les analyser pour les valoriser. Les outils analytiques permettent d’extraire des faits. Ils constituent une aide à la décision et permettent de gagner en efficience pour naviguer dans un environnement où la visibilité est faible : c’est naviguer aux instruments. L’analyse c’est aussi savoir prendre du recul par rapport à l’événementiel pour comprendre les lentes mutations qui sous-tendent ces événements, c’est s’intéresser aux modifications subtiles plutôt qu’à l’évidence. Une application Big Data de ce concept est le traitement des micro-signaux ou signaux faibles.

Une application Big Data répandue est la connaissance à 360° du client. Mais il ne s’agit pas seulement de détenir des informations sur une personne, mais plutôt de mettre le client au cœur des développements en écoutant avec attention ses besoins. Cela permet de mettre en œuvre des solutions qui satisfassent au mieux les deux parties de la relation client/fournisseur. Le focus client permet par ailleurs d’enrichir son offre de services et constitue en cela une source d’innovation.

 

Vers plus de travail collaboratif

Les modes de communication moderne permettent d’abolir certaines contraintes spatio-temporelles, à condition de renoncer à l’instantanéité. En effet l’hyper-connexion ne devrait pas empiéter sur la pleine conscience d’être ensemble et sur la capacité de concentration au travail. De même l’hyper-connexion est une manne pour l’aspiration de données personnelles et pour l’étude des comportements individuels. La transformation digitale, c’est donc apprendre à utiliser les outils de connexion de manière rationnelle et responsable. Ainsi, après la polémique de la présence de back-doors (NSAKEY key) dans les systèmes Windows NT de 1999, aujourd’hui windows 10 est encore incriminé dans l’aspiration de données.. La transition digitale c’est aussi savoir se protéger du pillage industriel pas uniquement par des lois, mais par des changements de comportements individuels et par des choix technologiques responsables. Par exemple l’utilisation de messageries cryptées, de Linux en alternative à Windows ou encore de Framasoft en alternative aux outils collaboratifs de Google, même s’il faut reconnaître une maturité bien supérieure aux outils Google.

Après la connexion des personnes, l’interconnexion des systèmes informatiques par l’intermédiaire du cloud ou des API (interfaces de programmation) donne clairement un avantage concurrentiel. En revanche il est opportun de se poser la question de la souveraineté des informations (savoirs et savoirs-faire) qui sont envoyées sur ces plate-formes (ex : Amazon, Google).

Donc nous le voyons les solutions techniques du travail collaboratif sont accompagnées d’un train d’inquiétudes qui concernent la sécurité des données. C’est pour cela que la transition digitale doit absolument dépasser la sphère technologique. C’est surtout apprendre à mettre en place des collaborations ou des partenariats, le partenariat étant une collaboration entre organisations concurrentes. Le travail collaboratif remet en cause les logiques de compétition et d’appropriation pour adopter une attitude d’ouverture, de responsabilisation et de confiance. Le but est de créer des équipes dont la compétence dépasse la somme des compétences individuelles. La pensée systémique constitue le liant de ces équipes réussies, elle consiste à prendre conscience de la portée globale de nos actes. Chacune de nos décisions peut avoir des répercussions sur les autres, sur l’environnement, sur l’organisation, sur le système. Par exemple, certains comportements éco-responsables sont des modifications de comportement suggérées par la pensée systémique. Attention toutefois à bien étendre le champ d’investigation et de réflexion pour s’assurer que le remède n’est pas pire que le mal à long terme. La pensée systémique invite au changement de nos comportements et de notre état d’esprit.

 

 

Ainsi les enjeux principaux de la transformation digitale réussie ne sont pas technologiques mais humains. Une transformation digitale réussie correspond à une profonde mutation de notre façon de penser et d’inter-agir : redécouvrir la métanoïa. La transition digitale c’est l’anticipation des mutations des différents métiers impactés par l’intelligence artificielle : se préparer à la cobotique.

4 thoughts on “La place de l’humain dans la transformation digitale

  1. Les entreprises doivent tenir compte de cette nouvelle realite qu est la transformation digitale : c est en faisant vivre la culture digitale, en lui conferant un cadre humain qu elles impulseront l innovation et augmenteront de fait leurs activites.
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